COLD WAVE
Alors que le punk et la new wave se commercialisent à outrance, une autre alternative va se développer au
tout début des années 80. Inspiré par le succès grandissant des
Cure, de Joy Division et de New Order, une multitude de groupes va voir le jour à travers l’Europe. C’est essentiellement en Angleterre et en France que ce genre intimiste et austère trouvera son meilleur public. La cold-wave est une musique volontiers
émotionnelle, qui évoque la tristesse, la mélancolie, le mal de vivre mais, plus fidèle au romantisme noir qu’aux hurlements punks...
Qui plus est, l’
esthétisme des pochettes est souvent
austère, se complaisant dans des images d’arbres morts et de paysages dépouillés... La cold-wave est un genre plus subtil et délicat que la batcave ou l’industriel.

E.B.M. (ELECTONIC BODY MUSIC)
Tandis que la new-wave synthétique, la techno-pop et les néo-romantiques occupent les premières places des charts, certains artistes se décident à pousser plus loin le travail des pionniers de ces styles. Décidés à renier de façon radicale les clichés du rock et de la pop, influencés par l’attitude punk et adeptes d’une technologie qui colle à leur époque, de nombreux artistes européens créent une musique où la mélodie passe au second plan et dans laquelle compte avant tout la
texture sonore et le rythme.
Sorte de réaction à la new-wave mélodique, cette musique que l’on nomme déjà “
techno” ou "
électro” génère une nouvelle révolution musicale et esthétique. Des sons plus agressifs, des
rythmes binaires martiaux et dansants, un “chant” composé de slogans éructés, le tout enrobé d’une
imagerie paramilitaire, virile ou fétichiste. C’est de
Belgique, d’Allemagne et même du Canada que débarquent ces mâles musclés aux cheveux courts, partisans d’un son qui se nourrit d’influences exclusivement européennes.
Préfigurant la techno,
l’acid-house et la
trance des années 90, cette musique à la fois terriblement déshumanisée et puissamment physique parvient à faire danser un public à
l’allure cybernétique sur des rythmes rapides, porteurs de textes évoquant avec violence les tourments de l’âme humaine et les aberrations de la société moderne (
conflits armés, omniprésence des médias, guerres économiques). Parvenant à rameuter un public gothique vers la fin des années 80, lorsque celui-ci sent que son mouvement s’essouffle, l’EBM constitue également une réponse cinglante du reste de l’Europe à la domination de l’Angleterre sur les musiques sombres.
Les anglo-saxons appellent cela “industrial music” les belges de
Front 242 créent l’appellation “Electronic Body Music” (EBM), tandis que la France parle de “musiques synthétiques”.


DARK FOLK
la scène dark-Folk,
funéraire et glaciale, aux
textes romantiques noirs et à la symbolique ésotérique, ne s’est jamais ouverte à un large public. Parce qu’elle a exploré la culture et l’histoire européenne dans ce qu’elle peut avoir de plus dérangeante ou encore parce qu’elle a puisé son inspiration dans l'occultisme...
La dark-Folk est avant tout une tentative de
ritualisation de la musique à travers une symbolique aussi bien guerrière qu’hermétique.
La musique est
sombre, sévère, martiale, mélancolique (
Sopor Aeternus). Le terme dark-Folk est donc plutôt flou, puisqu’une flopée de groupes inclus dans le genre s’écartent d’un style proprement folk pour des ambiances plus rituelles proches du dark ambient (
Death in June).

DARK WAVE
Le mot “dark-wave” apparaît bientôt pour désigner un nouveau courant musical qui réussit à faire du neuf avec du vieux. Mais la dark-wave n’est pas, à proprement parler, un style bien défini : il s’agit plutôt d’un
terme générique englobant toute la musique sombre venue d’Outre-Rhin dans les années 90, qu’elle soit goth, électro, cold-wave ou tout ça à la fois ! On y trouve aussi bien des groupes pratiquant un gothic rock influencé par Sisters of Mercy (
Love Like Blood par exemple), d'autres pratiquant un mix entre goth, indus et électro (
Project Pitchfork, The Eternal Afflict, Deine Lakaien), des artistes utilisant l’électronique pour développer une théâtralité et un lyrisme exacerbé pioché dans la grande tradition allemande (
Das Ich, Goethes Erben)...
Gigantesque fourre-tout, la dark-wave inaugure néanmoins une nouvelle ère dans l’histoire de la musique sombre : celle des mariages soi-disant contre nature, où les artistes n’ont plus peur de faire
fusionner électro, pop, industriel, métal, goth, techno, musique médiévale… Tout est permis !!

ELECTRO DARK - TECHNO INDUS
Comme toutes les autres formes de musiques (qu’elles soient underground ou commerciales), la musique dite “gothique” (dans l’acceptation la plus large du terme) n’a pas échappé à la déferlante electro.
Etiquetée “électro-dark”, cette nouvelle musique se distingue de la mouvance dark-wave par une
imagerie à la fois cybernétique, urbaine et gothique, ainsi que par des compositions ouvertement agressives et expérimentales, privilégiant souvent le
rythme, les sonorités saturées à la traditionnelle structure couplet-refrain. La popularisation d’une sorte de
clubbing gothique” (clubs, bars et soirées dark à gogo aux quatre coins du monde) va favoriser l’explosion de ce style à la fois radical et taillé pour les dancefloors, qui possède souvent un certain
lyrisme noir (
Blutengel, Apotygma berzerk, VNV nation).
Un autre style qui dominera la
seconde partie des années 90 est certainement le
plus extrême. Héritier à la fois de la
techno-hardcore la plus sombre, de la musique industrielle la plus bruyante et d’une certaine forme de musique électronique expérimentale, la “
techno-indus” quant à elle, va ravager progressivement tous les
dancefloors goths, réjouissant ceux qui s’étaient déjà lassés de l’électro-dark. Ce mouvement se nourrit d'une sensibilité et d'une imagerie industrielle très noire, développant ainsi des albums qui alternent passages ambient industriels et titres musclés destinés aux pistes de danse (
Hocico, Suicide Commando, Wumpscut, Feindflug). Ce style draine tous ceux qui ont fait le tour du rock sombre à guitares, de la musique industrielle des origines et de l’EBM de base.

Fini la cold-wave, la new-wave ou le post-punk : depuis le milieu des années 90, nous sommes définitivement entrés dans l’ère cyber-goth”, ce qui énerve pas mal les adeptes des bonnes vieilles racines goth traditionnelles ! ;-)